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Discours de Macky : Mots et silences d’un président ramolli

Dans les mots comme dans l’attitude, le discours du président Macky Sall est fort différent de ce à quoi il avait habitué les Sénégalais. Il a aussi gardé le silence sur des points importants.  Décryptage.
La prise de parole a été tardive (après 5 jours de tensions, 11 morts, 600 blessés et des centaines d’arrestations), mais force est de reconnaître qu’elle a eu le mérite de baisser la tension d’un cran. Emmuré dans un silence aussi bruyant qu’incompréhensible, le président Macky Sall est finalement ‘’sorti’’ de son bunker pour adresser un discours d’apaisement au peuple. Dans un ton et un registre qu’on ne lui connaissait guère.
L’humilité et la sagesse qui lui faisaient singulièrement défaut, en attestent ses nombreuses sorties de piste,  étaient, cette fois-ci, au rendez-vous. Il faut dire que le « lion » (qui dort) a été sérieusement touché, blessé. Dominé sur le terrain qu’il avait fini de faire sa chasse gardée, celui de la peur et de la terreur. Le changement de fusil d’épaule est salutaire dans un climat aussi chargé.
Entre les lignes de ce discours in extremis, délicatement conçu pour sauver les meubles et ne pas verser de l’huile sur  le feu comme l’on fait ses collaborateurs (Antoine Diome, Aïssata Tall Sall, Idrissa Seck et Me Malick Sall), se dégage, dans le fond comme dans la forme, une réelle volonté d’aller vers la désescalade.
« Le président Macky Sall nous avait habitués à un positionnement politique que je qualifie souvent de positionnement agressif. Surtout quand il parle de la tranche jeune de la population, ou quand il s’adresse à son opposition, souvent le ton est dur », fait constaté Bacary Domingo Mané.
Les mots et les sujets sensibles, évités
Mais, poursuit le journaliste, « hier (lundi), on a vu un positionnement qu’on n’a pas l’habitude de voir. On a vu un président plein d’humilité, plein de sagesse ». En effet, aussi bien les mots que les sujets qui fâchent ont été évités. Pour ne laisser place, selon l’analyste et expert en communication, à aucune interprétation malveillante. Dans le fond, insiste Domingo, une seule phrase à retenir : « Je vous ai entendus et je vous ai compris » !
« Je pense que toute la quintessence de son discours se trouve à ce niveau-là. Évidemment, c’est nouveau pour qui connaît le président de la République, Macky Sall », confie-t-il. Avant d’expliquer : « prononçant cette phrase, cela prouve que c’est un pas qui a été franchi ».
Par contre, contrairement aux attentes de la majorité des Sénégalais, les questions du mandat, de la justice, de l’Etat de droit, de l’équité ainsi que celle de la démocratie qui ont, en réalité, sous-tendu le mouvement, ont été esquivées. Ceci, « parce qu’il (Macky Sall) sait que s’il s’immisce sur ce terrain-là, on risque encore de retrouver le vrai Macky Sall qui va encore utiliser un ton et les gens diront qu’il ne devait pas parler comme ça », renseigne l’ancien directeur de publication de Sud Quotidien.
Après la parole, des actes forts
Seulement, le discours à lui-seul ne saurait guère taire ces frustrations profondes. Encore moins les promesses aux goûts de réchauffé servies à une jeunesse devenue plus exigeante. D’après lui, « les gestes qu’il va poser après, dans quelques jours, une semaine, dans un mois, seront déterminants. Il doit poser des actes de manière vraiment à rassurer les Sénégalais ».
En effet, au-delà des paroles, il faut un décryptage lucide et objectif de la situation afin de poser les actes, les bons actes de nature à faire revenir définitivement la paix. La première des décisions qui permettrait de décrisper davantage, c’est, en plus de l’indemnisation des familles de victimes et des blessés civils comme militaires, la libération de toutes les personnes arrêtées.
Mais surtout de régler définitivement, les questions liées à la préservation de la démocratie notamment vider le débat sur le mandat. Aussi celles liées à la Justice taxée d’être aux ordres de l’Exécutif, tout comme le Législatif. Et enfin, réduire…gommer les inégalités entre les citoyens qui font dire au médiateur de la République, Alioune Badara Cissé qu’il y a « des Sénégalais à part entière et des Sénégalais entièrement à part ».

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