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Coronavirus : « Une bouffée d’oxygène de revoir les avions voler », Orly s’apprête à rouvrir a minima dans un soulagement (presque) général

L’aéroport d’Orly a été bichonné pour sa réouverture le vendredi 26 juin 2020. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • L’aéroport d’Orly va rouvrir vendredi après presque trois mois de fermeture forcée à cause de l’épidémie.
  • 74 vols sont programmés le premier jour contre 650 habituellement pour un aéroport qui ne devrait pas retrouver la pleine activité avant 2022 ou 2023.
  • Le retour des avions est un soulagement pour le monde économique, même si les riverains auraient bien aimé profiter plus longtemps du silence.

L’heure du plat du jour surprise n’a pas encore sonné chez Alain, le patron du meilleur troquet du coin, qu’il fait déjà une chaleur de bouc à Villeneuve-le-Roi, petite ville sans fioritures en bordure d’Orly (Essonne). On s’envoie un diabolo menthe en regardant le ciel azur vidé de sa faune local. Pas la queue d’un avion à l’horizon, pour deux jours encore.

Alain regarde le silence avec nous, plus qu’il ne l’écoute. Le bavardage vient avec le métier. 38 piges à guetter les zincs qui survolent en rang d’oignon ce couloir aérien majeur du deuxième aéroport francilien, qui va relancer la machine vendredi après trois mois d’arrêt. Sans jamais voir un crash, lâche-t-il en nous prenant au dépourvu. Une fois c’est pas passé loin, cela dit. Un avion roumain qui avait trop bu. « Je me rappelle, les femmes pleuraient dans la rue ».

Les avions survoleront de nouveau la ville à partir de vendredi.
Les avions survoleront de nouveau la ville à partir de vendredi. – STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

« La fermeture a changé notre vie »

Bref. « D’habitude ils passent rue de la République, juste derrière. C’est comme ça qu’on apprend la météo. S’ils décollent de notre côté, c’est qu’on va voir une belle journée. » Dilemme : l’atterrissage est moins bruyant, mais il va faire un temps de chiottes jusqu’au soir. « Cela dit, les avions c’est comme tout, au bout d’un moment on ne les entend même plus ». Faut voir. Monique, une voisine, les entend un peu trop. Un gros-porteur toutes les six minutes au-dessus du jardin familial. 70 décibels dans les tympans pour les plus malchanceux, un bruit quinze fois supérieur à la limite réglementaire selon Bruiparif, trois ans de vie en bonne santé en moins.

« La fermeture a changé notre vie, on a enfin pu profiter des extérieurs. Je suis pas pressée d’être à vendredi ». Pas de panique non plus. La retraite arrive, avec un déménagement dans le Luberon au programme. C’est si facile de vendre par ici ? « Je m’inquiète pas, vous savez, les gens savent qu’il y a les avions ». Comprendre que le prix est à l’avenant.

Cette Villenevoise historique soutient tout de même de loin la résistance incarnée par la DRAPO, 40 communes et 30 associations rassemblées pour lutter contre les pollutions générées par l’aéroport d’Orly, enclavé dans un tissu urbain de 2 millions d’habitants. L’asso tente de profiter d’un redémarrage encore partiel – à peine 70 mouvements vendredi contre 650 les grands jours et un retour à la normale « pas avant 2022-2023 » selon le PDG d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet – pour redessiner le rapport de force.

Ses exigences ? Une heure de couvre-feu en plus (23h30-6h pour le moment), et un plafonnement strict à 200.000 mouvements annuels, un chiffre régulièrement explosé par ADP. Autant pisser dans un violon au vu de l’urgence économique pointée par tous les élus de la région.

Seulement 200 salariés sur site pendant la crise

« La réouverture est encore bien frileuse pour remettre à flot toutes les entreprises partenaires qui travaillent pour ce gros paquebot qu’est l’aéroport d’Orly, soupire Christian Janodet, la maire d’Orly ville. La fermeture a provoqué un vrai raz-de-marée dans l’économie locale ». Plus personne au boulot, à commencer par la plateforme elle-même. 200 salariés mobilisés sur les 25.000 qui faisaient tourner la boutique avant le Covid, pour accomplir les missions indispensables. L’inspection régulière des pistes afin d’organiser en toute sécurité les rapatriements sanitaires, quand Orly s’est transformé en petit hub médical au plus fort de la crise. La fauche sur les bas-côtés, histoire de décourager les mouettes et les goélands. Il ne fallait pas qu’ils s’habituent à bronzer sur le tarmac.

Et de temps en temps, une navette Orlyval qui roule à vide pour entretenir les automatismes. Même pas un SDF à bord. La quarantaine de sans-abris qui vivent à l’année dans les terminaux d’Orly ont été évacués dans un gymnase de Nogent-sur-Marne. La plupart s‘est vue proposer une solution de logement et ne reviendra pas, du moins pas de suite. Parfois à regret. « Quand on vit à l’aéroport, et tant qu’on ne gêne pas la bonne marche de l’endroit, il y a une forme de sécurité », juge Patrice, un sexagénaire qui a atterri par hasard à Orly après plusieurs années d’errance à l’étranger. « C’est plus facile de nouer le dialogue que dans la rue et puis il y a les avions à regarder. J’aime bien ça l’avion, j’ai beaucoup voyagé vous savez ».

Ces dernières semaines, il n’y avait plus grand-chose à regarder. Les avions ont revêtu une housse de protection comme une belle bagnole qui ne sort pas du garage. Les Duty free ont baissé le rideau et les hôtels aux alentours, de l’Ibis au Hilton, n’affichent même pas le prix de la chambre sur le panneau lumineux de l’entrée. De toute façon, il n’y a pas un chat.

La crainte de la disparition des lignes domestiques

Cet aéroport fantôme, Didier Desnus en fait des cauchemars. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) a calculé l’addition, 15.000 emplois menacés à terme sur les 157.000 générés par l’aéroport. Selon lui, « un million de passagers en moins, cela signifie 5.000 emplois directs ou indirects en moins pour les habitants de la région », alors qu’ADP a annoncé « un ajustement de la même nature » que ceux des compagnies aériennes. Soit une coupe de 20 % des effectifs à prévoir. Didier Desnus a été particulièrement alarmé par la décision d’Air France d’abandonner les lignes domestiques vers Nantes, Bordeaux ou Lyon, en échange du plan de sauvetage proposé par le gouvernement.

« C’est la fin des voyages d’affaires sur la journée. Impossible de faire l’aller-retour à Saclay, qui regroupe 15 % de la recherche nationale sur son plateau, en TGV. Ce sont ces déplacements professionnels qui apportent à l’économie de la région. On ne veut pas qu’Orly devienne uniquement un aéroport de vacances au départ pour les Franciliens ».

C’est pourtant la promesse initiale d’Augustin de Romanet dans le JDD. « Nous retrouverons les destinations phares de la Méditerranée comme le Portugal, la Grèce, Malaga ou Ibiza. L’aéroport des vacances rouvre ». Trop content de revoir le chaland, Orly se contentera des voyageurs en tongs pour recommencer, tant qu’il y a de l’animation depuis la terrasse du terminal 4, célébrée autrefois par Gilbert Bécaud en chanson : « Je m’en vais le dimanche à Orly, sur l’aéroport, on voit s’envoler des avions pour tous les pays… ».

Le rendez-vous a perdu de son aura, mais des petits malins se joignent de temps en temps au personnel navigant qui vient s’en griller une entre deux rotations. « Je me branche sur l’application live ATC, qui donne accès aux fréquences d’approche et de départ d’Orly, et je me pose une demi-heure pour suivre les avions, chuchote Maxime, passionné d’aéronautique, comme on révèle un plan en or à un bon copain. C’est clairement un truc sous-côté, il manque juste un bistrot. Il y a un petit musée à côté, la prochaine fois que j’y vais, ça me dérangerait pas de faire un tour sur la terrasse pour fêter la réouverture ».

Un « Water Salute » pour le premier vol de vendredi

Le musée en question ? Un petit bijou encore plus confidentiel que la terrasse d’Orly Sud. On peut y visiter le quatrième Concorde jamais sorti d’usine, plus de trois cents vols entre 73 et 76, et quelques passagers VIP illustres. « A votre place se sont assis Mireille Darc et Alain Delon, le Roi d’Arabie Saoudite et le Shah d’Iran », souffle Alexandre Pozder, qui nous fait la visite gratos. Le premier couple s’entendait mieux que l’autre, sans doute. Depuis la cabine de pilotage d’époque, le kiff absolu. On écoute la fréquence de l’aéroport avec une vue parfaite sur la piste 3, qui ne sera plus déserte longtemps.

La semaine passée, la petite bande de fanas s’est réunie pour assister à l’adieu aux armes du dernier Jumbo 747 de la compagnie Corsair. Trop chère, trop gourmande en énergie, pas assez écolo, la « Reine du ciel » va bientôt rejoindre un autre géant au cimetière des éléphants. Pendant qu’Orly rouvre, Air France sortira l’A380 d’un placard de Roissy pour un dernier tour de piste de deux heures, en guise de cadeau au personnel qui s’est escrimé à la fabrication de l’appareil.

« On était une dizaine à vouloir être là, reprend Alexandre Pozder. Les pompiers lui ont fait une salve d’honneur au jet d’eau, et puis comme le veut la tradition pour le dernier décollage, l’avion a fait mine de redescendre avant de repartir en saluant d’un battement d’ailes ». Vendredi matin, un peu avant 6h, la brigade des pompiers de l’aéroport saluera le départ du premier avion, un Transavia direction Porto, du même « water salute » pour arroser la renaissance d’Orly. « Pour des amateurs comme nous, ce sera un moment émouvant. C’est une bouffée d’oxygène de revoir les avions voler ».

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