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Licenciement abusif au PRODAC: Les Sudistes crient au ciblage

Le Témoin – Des travailleurs au Programme national des domaines agricoles communautaires (PRODAC), pour la plupart originaires de la région naturelle de Casamance, dont les contrats n’ont pas été renouvelés par le Coordonnateur national dudit programme, Pape Malick Ndour, dénoncent un ciblage régional. Ils sont nombreux, en effet, les Casamançais à avoir fait les frais des recommandations du Bureau Organisation et Méthode, BOM, après sa mission du 29 juillet au 14 août 2019 sur saisine de la tutelle. Des recommandations allant dans le sens d’un dégraissage pour alléger la masse salariale. 

Le seul ingénieur expert en aquaculture remercié

Responsable de l’appui à la production aquacole au Domaine agricole communautaire (DAC) de Keur Momar Sarr (région de Louga), Bakary Biaye s’est vu notifier, en date du 17 février par lettre N° 000135 MJ/PRODAC/CN/DAF/DPS/SP, le non renouvellement de son contrat qui arrivait à expiration le 28 février. Ingénieur en aquaculture, il a pourtant démarré les activités de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA) de 2011 à 2014 comme responsable régional à Sédhiou. A la veille du Conseil des ministres délocalisé de Sédhiou, il est affecté à Tambacounda comme chef d’antenne de la zone Est de l’ANA (Agence nationale de l’Aquaculture). Naturellement, cet ingénieur pointu en aquaculture a participé aux premiers empoissements à Itato (DAC de Kédougou).

“En 2017, renseigne t-il, il y avait des difficultés au DAC de Kédougou et j’ai été appelé à intégrer le PRODAC. Le DAC était en blocage, avec 15 millions de francs de dettes. J’ai relancé les activités de l’entité et levé des financements. En une année, Itato est passé de 42 tonnes en semences de maïs à 152 tonnes. Durant la deuxième année, nous avons récolté 215 tonnes. Nous avons aussi démarré l’apiculture, la production de miel. Avec les activités phares, la pisciculture et la production de semences de maïs, nous avons eu des résultats probants. Même les bassins qui sont à SÉFA (DAC de Sédhiou) étaient alimentés depuis Kédougou par mon entremise”.

Fondateur d’un mouvement politique indépendant “Sunu GAP” (Grande alliance pour le patriotisme), Bakary Biaye a été rétrogradé par son ancien coordonnateur, Mamina Daffé, qui l’a envoyé à Louga comme responsable de la production aquacole alors qu’il n’y avait, selon lui, aucune infrastructure encore moins d’activité de pisciculture dans cette région. “C’était pour me pousser à démissionner. À ce jour, je suis le seul ingénieur expérimenté en aquaculture au PRODAC. Pourquoi se passer alors d’un expert si l’on sait que la pisciculture est l’activité phare du projet ?”, s’interroge t-il.

Les recrues des anciens coordonnateurs ciblés ?

Outre Bakary Biaye, plus d’une soixantaine de travailleurs, pour la plupart originaires de la Casamance, ont également été remerciés par le nouveau directeur général du Prodac. Mansour Cissé, est du lot. Natif du département de Bignona, il n’a pas été reconduit dans ses fonctions de chauffeur du directeur du DAC d’Itato. “J’ai reçu ma notification le 20 novembre 2019 alors qu’elle était datée du 14 novembre. Donc, j’ai travaillé jusqu’au 20. Ils ne m’ont pas payé mon dernier mois de salaire, mes mois de congés alors que j’ai fait 5 ans. J’ai déposé mon dossier à l’Inspection du travail. Je ne pense pas qu’il y ait un ciblage des fils de la Casamance. Des jeunes de Kédougou et Louga ont été également remerciés. J’ai trouvé pour ma part, un autre travail”, témoigne Mansour Cissé. 

Pour sa part, Moussa Badji, la trentaine, né à Bignona, travaillait à la direction comme chauffeur pendant trois ans. Il lui a été notifié la non-reconduction de son contrat le 17 février avec un préavis d’une semaine, le 28 février. “C’est contradictoire de dire que le projet est fait pour créer des emplois et licencier ensuite les jeunes pour prendre ses proches. Le Coordonnateur cible principalement les recrues des anciens coordonnateurs originaires du Sud. On ne peut pas instaurer une politique de dégraissage et recruter à côté ses proches. D’autres jeunes sont recrutés par le nouveau Coordonnateur, sans stage ni rien avec de bons salaires. Ils prennent service systématiquement. Ce n’est pas conforme aux discours du président de la République qui disait vouloir

créer plus d’emplois avec ce Programme”, fulmine-t-il. 

Originaire de Sédhiou, un autre travailleur depuis presque trois ans à la direction générale et qui a requis l’anonymat témoigne : “Je devais partir en congé mais ça avait coïncidé avec les vacances citoyennes. Le Coordonnateur m’a appelé pour me demander de rester. Après, nous sommes allés à SÉFA. J’ai pris par la suite mon congé mais, à ma grande surprise, il m’a coupé 18 jours de salaire. Drépanocytaire, je me suis ensuite absenté pour maladie. Il m’a envoyé une demande d’explication et m’a mis à pied pendant 6 jours. Je suis resté depuis 2 mois chez moi sans travailler. C’est ma décision. Il licencie des travailleurs pour caser ses proches. Il demandait également au personnel de pointer. Ce qui est anormal. A Sangalkam, il y a son propre frère”

Pape Malick Ndour a bel et bien licencié des travailleurs

Joint au téléphone dans la journée du dimanche 08 mars par nos soins, le coordonnateur national du PRODAC, Pape Malick Ndour a réfuté toute idée de ciblage dans la non reconduction des contrats de travail arrivés à terme. “D’ailleurs, jure-t-il la main sur le coeur, depuis que je suis Coordonnateur, je n’ai procédé à aucun licenciement. Des contrats sont arrivés à terme et n’ont pas été renouvelés. Pour dire vrai, j’ai renouvelé plus de contrats que j’en ai arrêtés.”

Responsable logistique du PRODAC depuis 18 mois, le cas de Fatou Bintou Faty native de Bignona, également remerciée, bat en brèche les propos du Coordonnateur national. “Mon contrat a expiré une semaine après le départ de l’ancien Coordonnateur. Le nouveau Coordonnateur, Pape Malick Ndour, en prenant fonction a rassuré, devant les journalistes, ceux dont les contrats arrivaient à expiration. Je suis allée voir le DAF qui m’a dit de continuer à travailler et que la situation allait être régularisée. J’ai interpellé aussi le Coordonnateur qui m’a, à son tour, demandé de continuer à travailler. En réalité, il était accompagné avec un de ses amis, spécialisé comme moi dans le transport logistique. Il m’a fait un contrat de 3 mois non renouvelable et en a fait de même avec une amie qui a fait 5 ans au PRODAC. Nous ne voulions pas signer mais il avait argué que c’était pour une période d’essai, le temps d’apprécier notre travail. Par la suite, il a soutenu que nous sommes des nièces de l’ancien coordonnateur et qu’il ne nous faisait pas confiance. À ma grande surprise, on m’a dit que mon contrat n’était pas reconduit. Quand j’ai voulu avoir des explications, j’ai vu sur le bureau de son assistante le contrat signé en faveur de son ami. Il m’a utilisé pour faire un travail colossal alors qu’il avait déjà pris quelqu’un d’autre. Il m’a renvoyée sans motif et nous avons du mal à nous faire payer nos droits. Nous voulons nos indemnités. Nous demandons au président de la République si c’est bien lui qui a envoyé Pape Malick Ndour pour licencier les jeunes ? Si oui, ce serait vraiment paradoxal», se désole Bintou Faty.

La victoire de Ousmane Sonko en Casamance, source du ciblage ?

Les contrats de Chérif Cheikh Boubacar Diédhiou, Cellou Diallo, Vanessa Daffé, Sadia Mendy, Jean Sambou et Ibrahima Camara entre autres fils de la Casamance n’ont pas aussi été reconduits.  Mais celui de Oumar Diedhiou, également de la région naturelle de Casamance, qui a rendu sa démission le 27 décembre 2018 et qui court toujours derrière ses indemnités, retient l’attention. “Je suis là depuis le début du projet à Itato. J’ai formé pas mal de gens sur place. Il n’y a eu aucune amélioration dans mes conditions de travail. J’ai demandé une augmentation de salaire sans suite. C’est ainsi que j’ai déposé ma démission. Depuis, je ne reçois plus mon salaire et ai du mal à rentrer dans mes droits. Mon contrat est toujours en cours. D’autres qui ont déposé en même temps que moi leurs démissions, sont rentrés dans leurs fonds. Il y a des gens que j’ai formés et qui gagnent beaucoup plus que moi. Cette situation frustrante a conduit à ma démission. C’est comme si, quelque part, on voulait tenir les fils de la Casamance comme responsables de la victoire de Ousmane Sonko dans la région lors de la dernière présidentielle”, se plaint-il.

Une masse salariale pléthorique

Pape Malick Ndour justifie la non reconduction de certains contrats par l’application des recommandations du Bureau Organisation et

Méthode (MOM) pour “alléger la masse salariale pas conforme à la mission du PRODAC”. Et de poursuivre : “Il y a eu des postes inutiles, des DAC qui n’avaient pas de financement et où étaient affectés des travailleurs payés à ne rien faire. La masse salariale dépassait 150 millions de francs CFA et était devenue insupportable. J’ai ramené de l’ordre dans le Programme. Au Sénégal, la première chose à faire quand on occupe de nouvelles responsabilités, c’est de recruter un chauffeur et une assistante. Je n’ai recruté ni chauffeur, ni assistante”. Quid de son frère de chauffeur ? Le Coordonnateur national du PRODAC balaie d’un revers de la main cette accusation de certains travailleurs déchus : “Je défie tout le monde de prouver que j’ai recruté mon frère et qu’il est payé avec l’argent du Programme”.

Selon le Coordonnateur national du PRO- DAC, il importe surtout de se focaliser sur les résultats probants de son équipe. “À notre arrivée, nous avons réceptionné le DAC de SESA qui était contrôlé par les Israéliens. Aujourd’hui, nous l’avons récupéré et il est sous contrôle exclusif du Sénégal. Ensuite, il y a le DAC de Keur Momar Sarr qui était à l’arrêt depuis deux ans que nous avons relancé et qui sera inauguré dans un mois. Le DAC de Keur Samba Kane sera opérationnel dans 7 mois. Celui de Sangalkam, embourbé dans des difficultés, devrait démarrer dans un mois. Mieux, les partenaires commencent à nous faire confiance”, se glorifie M. Pape Malick Ndour.

La Directrice des ressources humaines, Mme Maïmouna Dieng, jointe le même dimanche au téléphone, n’a pas voulu se prononcer. 

Amadou Ly Diome

contact@lavoixplus.com

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