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Moundiaye Cissé: «Des opposants veulent entrer dans un Gouvernement»

Président de l’Organisation non gouvernementale (Ong 3D), Moundiaye Cissé n’a pas porté de gants lorsqu’il s’agit de dire ses vérités sur le dialogue national. Clamant que l’opposition devrait uniquement s’intéresser au dialogue politique, pour lui, il est clair que certains leaders de l’opposition cherchent à entrer dans un gouvernement du Président Macky Sall. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, M. Cissé est revenu de longs en large sur les réels blocages, les attentes, l’argent… Non sans donner raison à Me Wade et Ousmane Sonko.

Faux départ ou bon départ ? Où en est-on réellement avec le dialogue national ?

Aujourd’hui, le dialogue national pose plusieurs problèmes. Il y a le format, les acteurs qui le composent. À vrai dire, ce dialogue national devrait faire l’objet d’une discussion entre les partenaires sociaux et l’État du Sénégal. Quoi que l’on puisse dire, tout le monde sait que les acteurs politiques sont également partie prenante du dialogue national et politique. Pour moi, cela constitue un obstacle majeur pour l’expression effective et complète des partenaires sociaux. Au niveau dialogue national, à mon avis, l’on devait seulement y retrouver les autres segments de la société que sont les syndicats, le secteur privé et les autres corps constitués afin de trouver la meilleure manière d’apporter leurs contributions aux politiques publiques et aux politiques définies par le Président Macky Sall. Ce qui n’est pas le cas pour ce dialogue national puisque l’opposition y est représentée. Heureusement qu’il existe une différence entre l’opposition qui est dans le dialogue politique et celle qui est dans le dialogue national. Au niveau du dialogue politique, on y retrouve au moins le groupe des Sonko ou encore Idrissa Seck. Cela peut se comprendre. Car, dans le dialogue politique, il s’agit de définir les règles du jeu électoral. C’est donc une occasion pour faire un diagnostic du processus électoral en vue de son amélioration. Ce qui veut dire que je comprends que Sonko ou Idrissa Seck disent qu’ils sont dans le dialogue politique et non celui national, parce qu’ils doivent tout simplement participer à la co-élaboration du Code électoral de manière consensuelle pour éviter les contestations postélectorales.

Mais que se passe-t-il donc dans le dialogue national ?

Hé bien ! Nous avons une opposition qui participe à ce dialogue national. Et, cela veut dire qu’elle va donner sa contribution, sa vision sur la politique définie par le Président Macky Sall et pour voir avec lui comment définir les politiques publiques. À ce niveau, la logique voudrait que si tel est le cas, que l’on participe aussi à la cogestion. Ce qui donne l’opportunité d’entrer dans un gouvernement de majorité élargie. Je suis donc d’avis que cette opposition présente dans le dialogue national, est prête à entrer dans un Gouvernement du Président Macky Sall. C’est leur droit, mais dans une République, nous avons besoin d’un équilibre. Autrement dit, une majorité qui gouverne et une opposition qui s’oppose. Aujourd’hui, toutes les prémices d’un Gouvernement d’ouverture sont là. On ne peut pas le nier. Ce qui est regrettable pour le Sénégal, qui a besoin d’une opposition forte. Donc, encore une fois, la place de l’opposition est dans le dialogue politique où il n’y a ni syndicats ou autres organisations. Maintenant, les partis veulent être dans les deux. Ce que je trouve anormal. Donc, il faut que les politiques respectant les Sénégalais. Le Président Macky Sall est déjà élu et bien élu. Ce qui est sûr, le Sénégal n’est pas en crise. Actuellement, c’est plutôt l’opposition qui est en crise, dont les membres se tirent dessus. Et, ce qui est vrai, nous avons plusieurs oppositions. Il faut donc que le jeu politique soit lisible. Malheureusement, c’est loin d’être le cas.

Donc, le Président Abdoulaye Wade a raison lorsqu’il parle de compromission concernant des leaders du Front de résistance nationale ?

Absolument ! Je suis avec lui. Et je suis même d’accord avec Ousmane Sonko quand il dit que le dialogue national est une forme de partage du gâteau. À vrai dire, les partis politiques qui sont dans le dialogue national doivent laisser leurs places à des membres des secteurs sociaux pour discuter des problèmes du pays. Donc, nous ne devons pas être des otages de certains politiciens. Encore une fois, le meilleur cadre pour l’opposition est le dialogue politique. Aussi, pour être plus sérieuse, l’opposition doit être une force programmatique alternative. En réalité, l’opposition joue le jeu du pouvoir sans oublier qu’il y a une cooptation de quarante personnes. Ce qui n’est pas normal, surtout que ces personnes, contrairement à celles qui siègent dans le dialogue national, ne sont pas nommées par décret présidentiel. Ce qui veut dire qu’elles sont dans l’illégalité et l’illégitimité. Ce qui veut dire qu’il y a des difficultés majeures, sans oublier les problèmes d’indemnités, de remboursement de frais de transports, entre autres. À mon avis, il faut tuer tout enjeu financier lorsqu’on parle de dialogue. Ce qui ne favorise que de la clientèle politique et de professionnaliser la fonction politicienne. L’on peut bien se demander les raisons pour lesquelles, ceux qui vont au dialogue, n’y vont pas avec leurs propres ressources. C’est même l’occasion pour le président Famara Ibrahima Sagna et le général Mamadou Niang de nous dire réellement ce que nous coûte ce dialogue. Quel est le budget alloué ? Aujourd’hui, on fait supporter aux Sénégalais l’augmentation du prix de l’électricité alors que l’on pouvait faire des économies. Nous ne sommes pas dans des séminaires. On doit aussi nous dire combien nous coûte aussi le dialogue politique parce que depuis sept mois, nous discutons et sommes dans un hôtel avec plus de cent personnes. Si tel n’est pas le cas, ils peuvent bien donner raison à Mamadou Lamine Diallo, président du mouvement Tekki et député à l’Assemblée nationale. C’est pour dire que tout le monde peut se sacrifier pour son pays.

Pour le dialogue national, à quoi servent donc les différentes institutions qui existent au Sénégal ?

Justement, c’est comme si on assistait à une faillite de ces institutions. Nous avons le Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), la Commission nationale du dialogue des territoires, le Conseil économique, entre autres. Elles nous coûtent, au contribuable sénégalais, car, ce sont des dizaines de milliards par an. Ce qui veut dire que les institutions pour dialoguer sont bien présentes au Sénégal. Donc, dès lors qu’un dialogue national est lancé, on devrait également passer en revue l’existence de ces institutions pour voir réellement leur pertinence, alors qu’une large majorité de Sénégalais réclament une baisse de l’électricité. Je ne dis pas qu’elles sont mauvaises, mais nous pouvons faire des économies d’échelle à plusieurs niveaux et les injecter dans nos réels besoins. Qu’est-ce que le Haut conseil des collectivités a déjà produit de concret ? C’est une question que plusieurs Sénégalais se posent alors que nous avons un ministère des Collectivités avec des conseillers très professionnels. Je pense qu’il faut rompre avec le clientélisme politique. Malheureusement, cela concerne tous les régimes.

Pour en venir au dialogue politique, est-ce que les acteurs sont sur la bonne voie ?

Au niveau du dialogue politique, nous perdons trop de temps. Depuis sept mois, les gens se parlent. À mon avis, ce dialogue politique ne devrait pas dépasser trois mois. Mais, comme il n’y a aucune pression par rapport au temps, les gens prennent leur temps. Quand ils viennent, ils sont dans des hôtels, mangent bien et on leur donne le transport. De ce point de vue, personne n’est pressé. D’habitude, l’on commence un peu avant treize heures et on quitte quelques heures après. Encore une fois, il y a trop de temps perdu. Même lorsqu’il s’agit de faire un procès verbal de réunion, on peut y passer des heures. Il faut changer de paradigme et se dire que la participation au dialogue doit être volontaire. Il faut tuer les enjeux financiers autour des différents dialogues et l’on verra les gens qui vont y participer.

Mais pensez-vous que les acteurs vont arriver à un consensus ?

Jusque-là, il y a eu au moins plus de cinquante réunions qui pouvaient se limiter à la moitié ou même moins si l’on avait fait ce qu’il fallait en termes de gestion du temps, pour aller vers l’essentiel. Le dialogue politique a donc ses tares. Il y a beaucoup de gens et la prise de parole est libre. Au moins, l’on peut dire qu’il y a des consensus qui commencent à se dégager. Et, je dois dire qu’au sortir du dialogue politique, il ne devrait plus avoir au Sénégal des contestations si vraiment les recommandations sont appliquées. Car, les gens sont en train de nouer des consensus autour du jeu électoral.

Ce qui veut dire qu’au moins le dialogue politique pourrait régler des problèmes plutôt structurels que conjoncturels ?

C’est cela l’objectif du dialogue politique qui est d’arriver à des solutions structurelles sur le processus électoral. Il faut rappeler que le fichier électoral est le nerf de la guerre dans une élection. Il y a aussi l’audit du processus électoral qui va permettre de voir les failles en y apportant des solutions. Donc, avoir un fichier et un processus consensuel sera une bonne chose. Dans tous les cas, on verra s’il faut conserver la Commission électorale nationale autonome (Cena), le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), si le ministère de l’Intérieur va continuer de gérer les élections, entre autres. Ce qui est très important. Mais, il y a cependant un problème de casting. J’ai beaucoup de respect pour le président Famara Ibrahima Sagna, mais en réussissant à rapprocher le Président Abdou Diouf à l’opposant Abdoulaye Wade, c’est un dialogue politique qu’il avait réussi. Ce qui avait donné le Code consensuel Kéba Mbaye. Mais, les données ont changé de même que les acteurs. Aujourd’hui, nous avons malheureusement plusieurs oppositions avec certains leaders qui donnent l’impression de n’être intéressés que par les postes et les prébendes. Je rappelle que pour le bulletin unique, il n’y a que les représentants du pouvoir qui sont contre alors qu’il pourrait nous faire économiser une dizaine de milliards lors d’une élection présidentielle. Sans oublier le temps de vote et la préservation de l’environnement. Je termine pour dire qu’un dialogue national sans le Pds majoritaire à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko et Idrissa Seck qui sont arrivés deuxième et troisième à la dernière présidentielle est tout sauf un dialogue.

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