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Souleymane Sokome: «Macky Sall a de très fortes chances de remporter la Présidentielle dès le premier tour»

Sileymane Sokome est juriste et politologue sénégalais basé à Berlin en Allemagne. Auteur du livre «Les effets de la mondialisation sur le développement économique des pays de l’Afrique subsaharienne : l’exemple du Sénégal » publié en 2014, il revient dans cet entretien sur la Présidentielle au Sénégal prévue le 24 février 2019.

La campagne électorale prend fin dans quelques petits jours. Vous avez lu ou écouté les programmes des cinq différents candidats. Quel est, selon vous, le candidat le plus convainquant et pourquoi ?

Revenons un peu sur les programmes des cinq candidats : Macky Sall qui prône l´émergence par les infrastructures avec une croissance qui oscille entre 7 et 8% compte passer á la phase II de son Plan Sénégal Emergent (PSE) une fois réélu. Son programme Keynésianiste, une théorie purement macroéconomique, repose sur tous les domaines pour atteindre un taux de croissance de 10% dans quelques années. C´est un programme composé d´une dizaine d´axes bien définis : l´agriculture, la protection sociale et l´emploi, l’environnement et le changement climatique, l´éducation, la paix et la sécurité. Le programme est ambitieux et volontariste mais il faut plus de souveraineté nationale c’est-à-dire un recours au protectionnisme pour protéger les entreprises privées et publiques nationales et maintenir l’emploi sur le territoire sénégalais pour ensuite bâtir une société émergente.

Le candidat Ousmane Sonko présente un programme nationaliste avec un populisme décomplexé. Il prône des idées anti-système : mettre fin á la corruption, changer le système et le mode de gouvernance pour réduire les pouvoirs du chef de l’Exécutif et privilégier les entreprises et les emplois nationaux. Une vision qui n’est pas du tout claire dans la mesure où le leader du Pastef n’explique pas comment il va réaliser son plan de développement pour le Sénégal.

Idrissa Seck qui se concentre sur la bonne gouvernance, l’économie et la sécurité reprend en bonne partie le programme du candidat Macky Sall. Les deux programmes se ressemblent. Idrissa Seck comme Ousmane Sonko prône aussi le nationalisme économique plutôt que le libéralisme.

Le candidat Madické Niang propose des mesures phares et urgentes qui consiste à réduire le train de vie de l’Etat. Il compte aussi  revaloriser tous les contrats pétroliers et gaziers. Son programme est identique à ceux des candidats Macky Sall et Idrissa Seck, mais aussi de celui de Sonko en ce qui concerne la bonne gouvernance, la moralisation de la vie politique, entre autres.

El Hadji Issa Sall du Pur parle dans son programme du retour aux sources pour une société. Il s´agit ici d´un programme axé sur la religion et les valeurs fondamentales composé de six axes : L’éducation, la santé, la gouvernance, la sécurité et la langue.

Maintenant sur la base de ces différents projets, le candidat Macky Sall a l’avantage avec un programme plus charpenté. Le Plan Sénégal Emergent dont la première phase a été déjà mise en œuvre demeure plus convainquant. Macky Sall convainc avec ses actions. D’une manière objective les autres candidats ne proposent rien de nouveau. Ils ont presque les mêmes propositions. D’ailleurs ils reprennent beaucoup d’idées issues du Pse.   

On évoque ces derniers temps l´idée d´un débat télévisé entre les différents candidats. Comment trouvez-vous cette idée ?

L’initiative est bonne car les électeurs doivent pouvoir regarder ou écouter les différents candidats débattre de l’avenir du pays, du modèle de société et de la stratégie de développement qu’ils leur proposent. Une élection présidentielle n’est pas á négliger car il s’agit de l’avenir de tout un peuple. Il est ainsi important que les candidats puissent défendre leur programme sur un plateau de télévision comme ça se fait dans les grandes démocraties. La télé est un outil qui offre aussi cette possibilité de toucher une grande majorité d’électeurs. En outre, ces émissions politiques peuvent persuader les indécis ou les frustrés. Ecouter un débat politique est une occasion de se faire une idée sur les candidats. Cependant, deux problèmes majeurs se posent pour l’organisation d’un tel débat : l’équilibre du débat et son caractère juridique si l’on se réfère aux règles du Conseil national de régulation de l’audiovisuel. 

Pensez-vous que le président sortant doit participer á ce débat ?

Un duel télévisé se fait en général entre deux prétendants. Au Sénégal nous avons cinq candidats qui font face au président sortant et cela pose un problème d’équilibre du débat. En plus de cela nous risquons de nous retrouver dans une cacophonie totale. Le duel aurait plus de sens au deuxième tour ou s’il n’y avait que deux candidats en lice. Stratégiquement Macky Sall ne doit pas participer à un tel débat.

En tant qu’observateur de la vie politique sénégalaise pensez-vous qu´une victoire dès le premier tour de l’un des candidats est possible ? Pourquoi ?

Le Sénégal doit, à travers cette épreuve, montrer une fois de plus que sa démocratie reste toujours vitale et exemplaire en Afrique. Cinq candidats avec des profils et projets différents convoitent le fauteuil présidentiel. C´est l’une des élections présidentielles les plus compliquées de l´histoire politique du Sénégal vu le nombre restreint des candidats. Le système de parrainage a pu ressusciter certains leaders politiques. Le système semi-présidentiel avec une élection á deux tours ne facilite pas aussi les choses. Si on regarde la carte électorale du Sénégal selon le découpage par région, on peut dire que tout se joue entre les grandes villes comme Dakar (30,4% des inscrits), Thiès (13,1% des inscrits), Diourbel (8,8% des inscrits) et Saint-Louis (7,5% des inscrits). La Casamance représente à elle seule 11% de l’électorat. Ces villes représentent d’une manière globale 59,8% de l’électorat sénégalais. Le candidat qui gagne Dakar, Thiès, Saint-Louis et Diourbel remporte l’élection présidentielle avec 52,3%. Le vote de la Diaspora (4,2% de l’électorat) même s’il est symbolique représente une faible proportion de l’électorat contrairement au niveau national.

Il faut aussi souligner que le président sortant Macky Sall a un bilan satisfaisant. Si on se base sur son bilan je vois mal comment la victoire pourrait lui échapper au premier tour. Par contre, selon les réalités électorales en Afrique, les élections ne se jouent pas forcément sur des programmes politiques, sur des confrontations de projets de société, sur la masse populaire ou sur des enjeux sociaux saillants.  

Par ailleurs, le candidat sortant Macky Sall a fait une excellente campagne électorale accompagnée par une grande coalition. C´est un homme de terrain qui maitrise bien le territoire national. En 2007, en tant que directeur de campagne et, en 2012, en tant que candidat aux élections présidentielles. A cet effet, je pense que Macky Sall a de très fortes chances de remporter les élections présidentielles dès le premier tour même si sa réélection n’est pas pour autant acquise. Mais il reste tout de même le grand favori. La Présidentielle est différente des Législatives. Le vainqueur a besoin d’une majorité absolue des voix. 4 000 000 est la majorité absolue des suffrages exprimés sur les 6 millions 683.000 que compte le fichier électoral.  364 620 voix manquaient à Macky Sall aux Législatives pour avoir la majorité absolue. Mathématiquement il peut combler ce besoin additionnel de suffrages et se faire réélire.

Au cas où il y aurait un second tour Macky Sall a-t-il une chance de remporter la Présidentielle, si l’on sait qu´il risque de ne compter aucun soutien dans ses rangs ?

Vous savez en politique il y’a toujours des calculs. N´oublions pas que les coalitions peuvent changer á tout moment. Il y aura plus de calculs politiques en cas de deuxième tour. Un mauvais choix est synonyme de suicide politique pour certains. Au deuxième tour tout est possible. Toute l’opposition peut se retrouver derrière Idrissa Seck ou Sonko pour pouvoir battre le président sortant. En même temps certains candidats issus de cette même opposition peuvent aussi soutenir le candidat le mieux placé.

Interview réalisée à Berlin par Mamadou DIALLO

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